Apports bibliographiques sur les effets des médicaments antiparasitaires équins sur la biodiversité du sol en forêt

Les molécules antiparasitaires, pour certaines, présentent des propriétés insecticides susceptible d'affecter une faune dite "non-cible". Leur toxicité est bien renseignée lorsqu'elles sont utilisées chez les bovins, mais peu de données existent sur leur utilisation chez le cheval. 

Quelques explications

Les chevaux sont sujets au parasitisme et si certains chevaux sont plus résistants que d'autres, le confinement et leur mode de vie si différent de leur milieu d'origine conduisent à une infestation quasi constante.   Les parasites internes sont des vers dont il existe des dizaines d'espèces (strongles, ascaris, anguillules...).

Les parasites externes quant à eux (mouches, taons, moustiques et tiques) peuvent provoquer l'agacement du cheval, des démangeaisons et ils peuvent aussi véhiculer des maladies.

Contre les parasites internes, les chevaux sont traités avec des vermifuges (il s'agit en fait de "vermicides" qui tuent les adultes mais pas les œufs). L'infestation peut être fatale si le cheval n'est pas traité.

Des traitements

Les traitements préventif des chevaux contre les vers sont quasiment devenus systématique et généralisé. Sur notre territoire, un cheval sur deux reçoit un traitement sans avis vétérinaire (Micoud, 2012).

L'usage de ces médicaments est tellement répandu que l'on observe un développement préoccupant de résistances : les  molécules perdent de leur efficacité. 

Toxicité des médicaments antiparasitaires

Il apparaît que les médicaments strictement "vermifuges", qui tuent les parasites internes (donc des vers), ont peu de propriétés insecticides. Ils ne sont donc pas les plus dangereux pour les insectes.

En revanche, les molécules "endectocides" (littéralement "qui tuent à l'intérieur et à l'extérieur", c'est-à-dire les parasites internes et externes), beaucoup plus utilisées, ont des propriétés insecticides. Ils sont neurotoxiques pour les parasites externes, mais aussi pour les mouches, les papillons, les coléoptères, etc. car les insectes ont tous le même système nerveux. Ces molécules appartiennent aux familles des Avermectines et des Milbemycines, et leurs représentants les plus connus sont l'Ivermectine et la Moxidectine. Sur notre territoire, ces molécules représentent 72% des traitements administrés aux chevaux.

Des molécules qui peuvent se retrouver dans l'environnement

Les processus par lesquels ces molécules endectocides sont métabolisées et stockées dans l'organisme de l'animal sont complexes. On sait maintenant qu'elles sont rejetées dans l'environnement en continu, pendant un certains temps, par les urines, des crottins et les poils de l'animal. Les études montrent par ailleurs que c'est bien la molécule-mère entière qui est rejetée, et qu'elle n'a pas été dégradée lors de la métabolisation.

Comment les insectes de la forêt sont exposés à cette toxicité

Les crottins des chevaux, facilement minéralisables, attirent les insectes coprophages (bousiers, mais aussi mouches...) qui s'en nourrissent, vivent dedans, etc. Ils les dilacèrent et les enfouissent dans le sol. Ce faisant, ils enrichissent le sol et accroissent sa capacité à être végétalisé. Ils transportent également sur eux des bactéries et des champignons du sol, participant ainsi de la vie du sol et de la surface. 

La molécule se retrouve dans le crottin pendant plusieurs jours voire plusieurs semaines après l'administration du médicament au cheval, et une fois au sol, le crottin reste toxique également pendant plusieurs jours (l'Ivermectine est sensible aux UV à condition d'y être directement exposée). Les insectes coprophages, mais aussi indirectement l'ensemble des insectes du milieu fréquenté par les chevaux et leurs prédateurs peuvent donc être exposés à ces molécules toxiques.

Si des études en laboratoire, mettant directement l'insecte en présence de la molécule, ont montré que cette toxicité agit surtout sur les insectes à l'état larvaire (avec un effet létal) et au stade jeune adulte  qui voit sa croissance ralentie (condamnant sa capacité à se reproduire), qu'en est-il des effets de ces molécules telles qu'elles sont utilisées, après avoir été métabolisées par l'organisme du cheval, et qui se retrouvent dans l'environnement naturel ?

Comment organiser un traitement antiparasitaire des chevaux garantissant à la fois leur santé et la préservation des milieux naturels et des espèces de l'écosystème ?

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Bibliographie

Effets des antiparasitaires sur les insectes coprophages - N° 255 / Mai 2005 / Le Point Vétérinaire

Gokbulut C., Nolan A. M. et McKellar Q. A. (2001) - Plasma pharmacokinetics and faecal excretion of ivermectin, doramectin and moxidectin following oral administration in horses. Equine Vétérinary Journal (2001) 33 (5) 494-498  

Lumaret Jean-Pierre et Errouissi Faiek (2002) - Use of anthelmintics in herbivores and evaluation of risks for the non target fauna of pastures. Vet. Res. 33 (2002) 547–562

Lumaret Jean-Pierre, Errouissi Faiek, Floate Kevin, Römbke Jörg et Wardhaugh Keith (2012) - A Review on the Toxicity and Non-Target Effects of Macrocyclic Lactones in Terrestrial and Aquatic Environments. Current Pharmaceutical Biotechnology, 2012, 13, 1004-1060  

Micoud Marion (2012) - Impact des produits antiparasitaires administrés aux chevaux sur les coléoptères coprophages de la forêt de Fontainebleau. Mémoire de Master 2 Ecocaen "Gestion et valorisation agro-environnementale". Télécharger le document

Pérez R., Cabezas I., Sutra J.F. , Galtier P. et Alvineriel M. (2001) - Faecal Excretion Profile of Moxidectin and Ivermectin after oral Administration in Horses. The Veterinary Journal 2001, 161, 85–92  

Römbke Jörg, Barrett Katie, Blanckenhorn Wolf U., Hargreaves Tom, Kadiri Nassera, Knäbe Silvio, Lehmhus Jörn, Lumaret Jean-Pierre, Rosenkranz Boris, Scheffczyk Adam, Sekine Tatsuya (2010) - Results of an international ring test with the dung fly Musca autumnalis in support of a new OECD test guideline - Science of the Total Environment - 408 (2010) 4102–4106





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