Résultats de l'étude 2016 sur les services écosystémiques sur les réserves de biosphère françaises

Le réseau EuroMAB a organisé des réflexions et des ateliers pour tenter de comprendre l’intérêt de ce concept pour la gestion des réserves de biosphère et la poursuite des objectifs du programme Mab de l’Unesco.



Le réseau français des réserves de biosphère a souhaité lui aussi mener cette réflexion en partenariat avec des chercheurs de l’Inra dans le cadre du métaprogramme Ecoserv. Deux réunions rassemblant chercheurs de l’Inra et gestionnaires de réserves de biosphère se sont tenues sous l’égide du groupe recherche des réserves de biosphère françaises.

En 2016, trois stages d'étudiants cofinancés par le MAB-France ont été menés sur des réserves de biosphère aux contextes différents (Gorges du Gardon, marais Audomarois, Fontainebleau-Gâtinais). L'objectif était de comprendre les potentiels et limites du concept de service écosystémique pour répondre aux missions des réserves de biosphère. 


Présentation des résultats du stage de 2016 dans la réserve de biosphère de Fontainebleau et du Gâtinais

Peut-être avez-vous été interviewé par Héritier Diniame, étudiant du Master 2 parcours Man and Biosphere de Toulouse, en stage d'avril à août 2016 ?

Héritier Diniame a réalisé son stage sur une partie de la réserve de biosphère, dans le Bocage Gâtinais. Il a utilisé une grille d’entretien commune avec les autres étudiants dans les Gorges du Gardon et dans le marais audomarois. L'étudiant a rencontré des acteurs locaux qu'il a classés en cinq catégories : agriculteurs (diversifiés), forestiers, extraction minérale et captage d’eau, activités de loisirs et habitants, et touristes. Il a décidé de travailler sur les carrières, bien que non prises en considération généralement, car leur production n’implique pas de biodiversité.

Il apparaît que selon l’activité menée par l’acteur, les réponses diffèrent. L’agriculteur conventionnel voit par exemple dans l’agroécosystème un support de culture, alors que l'agriculteur biologique ou de conservation considèrent la vie du sol et la symbiose entre eux et le sol. Un apiculteur considère être à l’origine du service de pollinisation.

Le stage a été marqué par des inondations historiques sur le Loing début juin. L’étudiant a pu observer un avant et un après inondation dans le ressenti des acteurs. Les écosystèmes aquatiques, qui d’ordinaire sont perçus comme rendant des services culturels (loisirs, récréation, tourisme) ou de régulation de la qualité de l’eau, ont été décrits après les inondations comme rendant des services de régulation des crues.

Les écosystèmes forestiers apportent des services nombreux dans les trois catégories (production, régulation, culturel). Mais ils sont aussi décrits comme facteurs de dis-services (tiques et maladie de Lyme, sangliers).

En milieu urbain, les services rendus par les écosystèmes sont beaucoup moins perçus des habitants.

L'étudiant a remarqué que les acteurs locaux interrogés comprennent très vite le concept dont il s'agit et qu’ils ne relèvent pas le caractère anthropocentriste du concept de service écosystémique et de la démarche en général. Si le concept est intéressant dans la communication avec les acteurs locaux, il pourrait réduire le discours sur la nature à celle qui nous rend des services en « oubliant » celle qui ne nous rend pas de service. Le concept procure aussi à la nature un statut exclusif de fournisseur de services aux humains.

Il résulte de ce stage et des autres stages également, que le concept a des implications très différentes lorsqu'il est utilisé localement et à l'échelle globale. Lorsque la question du service retiré de l'écosystème est posée à un habitant, un passant ou un utilisateur des milieux naturels, le service s'inscrit dans une histoire, un paysage, la vie d'un lieu et il est connecté à d'autres services, il est dépendant du contexte, il varie dans le temps... L'exercice consistant à classifier les dires d'acteurs est vain.

Le concept s'avère être un révélateur utile des perceptions de chacun. La Réserve de biosphère de Fontainebleau et du Gâtinais et le comité MAB-France vont tenter d'approfondir le concept comme outil de communication avec les acteurs locaux pour une meilleure préservation des écosystèmes.

Si vous souhaitez en savoir plus ou participer à ce travail, n'hésitez pas à entrer en contact.


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