Définition et utilité du concept pour les réserves de biosphère

Le concept de « service écosystémique » fait l’objet d’un chapitre du dossier de création et de renouvellement des réserves de biosphère auprès de l’Unesco.   


Qu'est-ce que les services écosystémiques ?

Les mots services écosystémiques désignent les services que nous retirons des écosystèmes et qui nous permettent de retirer des bénéfices.

Cette notion était, au début des années 2000, plutôt abstraite et utilisée à grande échelle. Le concept s'est particulièrement développé en 2005, avec l'évaluation des écosystèmes pour le millénaire (MEA), un rapport commandé par l'ONU.

La notion de services écosystémiques fait le lien entre la dégradation rapide et sévère des milieux et de la biodiversité et une augmentation inéluctable de la pauvreté : nous dépendons du bon fonctionnement des écosystèmes pour nous nourrir, pour l’énergie, l'eau potable, les matériaux, etc... et le dysfonctionnement des écosystèmes peut être très préjudiciable à la survie humaine et au développement.

Un concept avec beaucoup d'inconnues

Notons que l'état des écosystèmes n'est pas seulement lié à l'action de l'homme, loin s'en faut, et que la connaissance que nous avons de leur fonctionnement reste parcellaire. L'effet des actions de l'homme reste donc, lui aussi, difficile à évaluer.

De plus, si une quantité de bois ou de produits maraîchers peuvent donner lieu à une évaluation monétaire des services de production rendus par les écosystèmes, si le travail de pollinisation par les abeilles peut être évalué monétairement par les coût de remplacement (s'il fallait rémunérer des gens pour le faire à leur place), nous retirons de nombreux avantages de la nature que nous ne sommes pas encore en mesure de nommer ni d'évaluer.

Notons aussi que le concept de "service écosystémique" désigne uniquement cette notion de service rendu, ou de "dysservice" (service négatif). Il est différent de la notion de ressource ou de fonctionnalité des écosystèmes. Il a donc un champ limité et il ne faut pas lui attribuer un sens plus large comme c'est souvent le cas : une liste d'espèces ou un produit local ne sont pas des services écosystémiques !

En bref, ce concept est donc loin d'endosser à lui seul tous les enjeux de préservation de la biodiversité et des milieux. 

Pourquoi s'en préoccuper ?

Lorsque des services écosystémiques sont réduits ou perdus, du fait par exemple d'une surexploitation des ressources, de pollutions et des effets indirects de ceux-ci (érosion de la biodiversité, dérégulation des systèmes...), les populations humaines perdent en qualité de vie, en sécurité alimentaire et sanitaire, puis en autonomie, en liberté et en résilience. Par exemple, si l'eau n'est plus purifiée ni stockée par les sols, les populations devront trouver ailleurs cet élément essentiel à leur vie, ou boire l'eau telle qu'elle est.

Les services écosystémiques sont donc un enjeu de développement durable. Ils engagent à une réflexion à l'échelle globale mais aussi à l'échelle locale, sans toutefois avoir les mêmes implications.

Au niveau global, les services écosystémiques sont un enjeu de lutte contre la pauvreté et contre un déséquilibre irréversible entre les besoins des populations et ce que les écosystèmes peuvent leur fournir, notamment sur le plan de l'eau et sur le plan alimentaire. Sur le plan du développement durable, la prise en compte des services écosystémiques dans un modèle de société est un levier concret d'évaluation de la durabilité.  

Au niveau local, le concept de service écosystémique a un fort pouvoir éducatif : il permet d'expliquer simplement à des scolaires, mais aussi à des adultes, l'importance de conserver des écosystèmes en bonne santé.

Comment les classifie-t-on ?

Quatre catégories de services écosystémiques sont identifiées : les services de support (physique, primaire), les services de régulation (de l'air, de l'eau...), les services de production (produits matériels, alimentaires...) et enfin les services culturels : esthétiques, spirituels, identitaires, loisirs, etc.

La biodiversité participe pleinement à délivrer ces services, notamment les services de production (alimentation...), de régulation (des ravageurs, pollinisation, fertilité des sols...) et aussi culturels.

Parmi les quatre types de services identifiés, le service culturel prétend englober tout ce que la nature apporte au bien-être humain (loisir, art...) voire constitue le fondement d'une identité locale : spiritualité, histoire, patrimoine... Ce service culturel ne peut être analysé et pris en compte qu'à travers la rencontre des personnes qui vivent sur ces territoires et qui attachent une importance à un bien naturel et culturel.   

Évaluer monétairement, pourquoi et quelles limites ?

"Nous utilisons la nature parce qu'elle a de la valeur, mais nous la gaspillons parce qu'elle est gratuite" Pavan Sukhdev, banquier indien.

Évaluer les services que nous retirons des écosystèmes et le prix que cela coûterait s'il fallait s'en passer ou les remplacer, permet d'inscrire ce prix dans la comptabilité d'une région, d'un pays ou d'un mode de fonctionnement économique et de réfléchir aux effets de nos actions sur les écosystèmes.

L'évaluation monétaire est largement utilisée dans certains domaines précis. En matière de préservation de la ressource en eau ou de lutte contre l'érosion par exemple, les paiements pour services écosystémiques (PES) permettent de renoncer à une activité destructrice de services écologiques pour les préserver, partant de l'idée que leur remplacement ou la réparation (dépollution...) est ainsi évité.

Cette évaluation permet de faire prendre conscience du prix de l'altération des écosystèmes et de la non durabilité d'un mode de fonctionnement qui ignore les limites des écosystèmes.

Mais l'évaluation monétaire des services écosystémiques est critiquée lorsqu'elle est comprise comme l'attribution d'un prix à la nature, les espèces, etc... Si une espèce ne rend aucun service, alors elle n'aurait pas de prix et pourrait disparaître ? L’argent peut-il acheter toute la nature et ses fonctions ? Évidemment pas.

L'évaluation monétaire a donc des vertus limitées car pour les opérateurs, il se peut que le service écosystémique n'ait de valeur économique que tant que son remplacement coûtera plus cher que le bénéfice tiré de sa destruction...

Apport du concept de services écosystémiques dans une Réserve de biosphère

Les Réserves de biosphère sont des territoires de recherche scientifique, d'expérimentation et d'éducation qui intègrent dans chacun de ces axes à la fois les enjeux naturels, sociaux, culturels et économiques du développement. Le concept de service écosystémique quant à lui aide à réfléchir aux interactions entre les écosystèmes et le développement humain, et il vise à démontrer la nécessité de préserver (ou de rétablir) le bon fonctionnement des écosystèmes pour un développement réfléchi et équilibré des populations humaines. Les Réserves de biosphère sont donc un cadre idéal pour analyser et réfléchir sur les services rendus par les écosystèmes et leur complexité d'un point de vue social.  

En retour, le concept de service écosystémique trouve dans les Réserves de biosphère une réflexion structurée et ouverte propice à l'approfondissement des recherches et à l'expérimentation. Les coordinateurs des Réserves de biosphère sont des observateurs très connectés aux véritables applications pratiques que peuvent avoir ces outils de compréhension et de gestion. Ils sont à la fois dans la réflexion avec leurs partenaires scientifiques sur des sujets parfois très théoriques, émergents, en construction, ils sont ancrés dans leur territoire en contact avec leurs parties prenantes locales et enfin ils sont en réseau avec leurs homologues du réseau national et international.  

Pour plus d'informations, contactez la Réserve de biosphère de Fontainebleau et du Gâtinais 


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